NOTE : le dossier UTN de Villard de Lans

 

 

Régis PICAVET, archéologue-géologue, porte-parole environnement de lassociation

Espaces Libres-journal, créée en janvier 2005 en réaction au projet ORIL/Charpennes

 

 

Villard de Lans, le 3 décembre 2006

 

Projet UTN Villard de Lans

 

 

Latelier environnement de lassociation Espaces Libres a organisé dimanche 3 décembre un pique-nique dhiver, ayant rassemblé 50 personnes, pour aller découvrir le site naturel des Charpennes, objet dun futur aménagement du projet UTN, afin den comprendre les particularités. En effet, le site du Lauzet et le secteur des Charpennes constitue un même ensemble, en terme morpho-géologique. Il faut aller sur le terrain pour comprendre cela, avec les explications ad hoc.

Le projet UTN ressemble à une aberration économique : miser sur une extension de domaine de ski alpin, à 1200 m daltitude, avec un budget global de 40 millions d’€, est-ce bien raisonnable ? Ce projet cest avant tout lextension du domaine de ski alpin, la création dune troisième porte dentrée et de nouvelles constructions sur un site, Les Balcons, qui devrait prioritairement être traité par lORIL ( Opération de Réhabilitation de lImmobilier de Loisirs ), plutôt que dêtre intégré dans un projet pharaonique.

Bien que le projet UTN mette en avant un déplacement doux ( incertain techniquement et financièrement ), il repose avant tout sur lextension du domaine de ski alpin au lieu dit Charpennes, en créant une troisième porte dentrée, générant un aménagement de 30.000 m2 ( page 20, document UTN, sur le site internet de la Mairie de Villard ) sur un site naturel jusqualors préservé, unique en son genre et particulièrement important en termes environnementaux, qui porte atteinte à une zone humide éphémère situé à proximité immédiate, lieu important pour la faune et la flore sauvage ( reproduction de batraciens, nichage de migrateurs, biotope de tranquillité pour le tétras lyre et la gélinotte, entre autres ). A partir dun aménagement sur 30.000 m2, 9 hectares de déforestation et des constructions sur 2.000 à 3.000 m2, qui comprend de nombreux bâtiments auxquels il faudra nécessairement accéder par une route ( gare, hangar technique pour les engins de damage qui deviendra le lieu principal dembauche de 50 salariés des remontées mécaniques, commerces, restaurant, local ESF, garderie, poste de secours etc . ). En outre, une installation de canons à neige, inévitable à cette altitude, augmentera leur nombre sur un domaine où ils se comptent déjà en centaines, accentuant les problèmes des ressources en eaux dans le cadre général du réchauffement climatique à une altitude de moyenne montagne de 1275 mètres.

Sans préjuger de léventuelle amélioration des flux de voitures, il est clair que des solutions alternatives existaient pour pallier ces problèmes de stationnement sans procéder à une extension du domaine de ski alpin. Il était possible de mettre en place un système de navettes à partir de la zone des Geymonds, très en amont du bourg, avec des véhicules roulant au bio-carburant reliant directement le pieds des pistes, et une billetterie directe des forfaits ski au départ des navettes afin daméliorer le flux des skieurs et de limiter les voitures accédant à la station Côte 2000. Le porteur existant déjà à lentrée du domaine de ski alpin pourrait aussi être modifié pour gagner en rapidité. Ce nest quun exemple parmi dautres. Le budget restait alors abordable. Le problème majeur reste la gestion en bloc du projet : cest tout ou rien daprès le Maire.

  

Le projet de déplacement doux reste aléatoire, en raison des incertitudes pesant sur sa réalisation, notamment sur le plan technique : matériel doccasion ancien devant subir une opération conséquente de désamiantage, problèmes dadaptabilité aux conditions de fonctionnement du site villardien,  très différentes de celles prévalant à Lausanne ( ce nest plus un site propre, ce nest plus une seule ligne droite, caténaires sur 6 km pour un territoire rural et non plus urbain, contraintes liées à laltitude avec surélévation des rails par exemple, compatibilité avec les réseaux dassainissement etc . ).

Une majorité de la population villardienne est opposée au projet Charpennes, et ce depuis de nombreuses années ( depuis 30 ans ). Le groupe des 22 élus de la majorité municipale a enregistré sept démissions.

 

SOURCES UTILISEES POUR REDIGER CETTE NOTE :

 

* Le guide du référentiel technique, relatif à la sécurité de lexploitation des chemins de fer touristiques, du STRMTG (Service technique des remontées mécaniques et des transports guidés ), juin 2004. Ministère de lÉquipement.

* Articles parus dans la presse suisse ( 24heures.ch ) sur lhistorique des démarches de la compagnie des transports lausannois : 13 avril, 25 novembre, 16 décembre 2005

* Article Europe & énergie ( les économies dénergie des collectivités locales grâce aux déplacements doux ), revue Europe & territoires.

* Discussions avec un maître dœuvre - organisme notifié - en équipement, ingénierie et maintenance de transports et remontées mécaniques, intervenant sur plusieurs sites français et avec un responsable départementale de la fédération de chasse de lIsère

 

1/ LAMIANTE

 

Quelle que soit la concrétisation effective ou pas du projet ferroviaire, le matériel occasionnera un coût de désamiantage, de traitement et de stockage des déchets très important. Il convient de rappeler quen avril 2005, la compagnie des transports suisses cherchait, sans succès, un musée pour la reprise du matériel et quelle était embarrassée car devant soccuper du désamiantage. Aucun autre repreneur que la commune de Villard  ne sest manifesté en envisageant une remise en circulation; il y a peut-être une raison à cela. La convention entre les communes de Villard de Lans et Lausanne dispose quen cas de non mise en circulation avant 2011, le matériel doit être redonné à la commune de Lausanne, in situ et désamianté. La convention dispose que cest le droit suisse qui sappliquera.  La convention ayant été signée, la commune est dores et déjà engagée dans des frais conséquents ( au minimum 200.000,00 ) pour les frais de désamiantage et stockage.

 

2/ LETAT DU MATERIEL

 

Il est vrai que les trains à crémaillère anciens ont une durée de vie assez longue dans la mesure où ils restent en place à lendroit où ils ont été installés. Toute opération de démontage fait subir à des équipements métalliques de telles modifications de structure quils deviennent la plupart du temps impossible de les remonter selon leur configuration dorigine. La ferraille bouge automatiquement. En létat actuel des informations, en outre, il est difficile de connaître létat réel de fatigue du matériel suisse. Deux éléments se surajoutent au problème déjà existant et laccentuent : lamplification prévisible de la déformation du matériel en raison de lopération de désamiantage et les modifications indispensables pour que le matériel sadapte à un environnement géologique et de terrain différent ( par exemple, l altitude 1000 m imposant dautres caractéristiques pour le traitement de la neige ). Le trajet, contrairement à Lausanne, nest pas rectiligne. Et le train ne circulerait pas en site propre, ce qui pose encore dautres problèmes avec un matériel qui avait été conçu pour un site propre ( compatibilité avec les réseaux dassainissement, de circulation des voitures et poids lourds, les caténaires notamment etc . )

 

3/ LA NECESSAIRE ADAPTATION DU MATERIEL AUX NORMES FRANCAISES ET EUROPENNES

 

La directive européenne 2009CE qui concerne les matériels de plus de 30 ans dâge établit la nécessaire conformité des matériels roulants à la réglementation du moment, et non plus uniquement à celle de la date de mise en circulation.

 

4/ LE FINANCEMENT

 

Le montant initial du projet tel quannoncé par la mairie en décembre 2004 ressortait à 5 ou 6 millions deuros, dont 70% de subvention espérés. A lépoque il nétait question que de la liaison Balcons - Charpennes ( 800 m à 1 km ). En juin 2006 le projet ( devenu une liaison Centre bourg - Charpennes ) sélevait à 13 millions deuros, dont 30% de subvention, soit 9 millions à la charge de la commune. Le rachat dun matériel doccasion a en effet amené le Maire à envisager un trajet allant du centre bourg à Charpennes, soit 6 km de voies ferrées. En octobre 2006 le Maire accorde une interview au quotidien suisse 24 heures où il évoque pour la seule participation de la commune un peu plus de 13 millions deuros. Le budget annuel de la commune sélève à 14 millions d’€. Le budget est maintenant de 40 millions d’€ … Quelle fiabilité après tous ces changements ?

 

5/ LENVIRONNEMENT

 

* A lheure où un plan denfouissement des lignes EDF est à lœuvre, notamment à Villard de Lans, pour améliorer les paysages de nos hameaux, sur un territoire rural de montagne, dans un Parc naturel régional, comment intégrer 6 km de caténaires en termes denvironnement ? Comment concilier ce projet avec la préservation de nos espaces ruraux pour un tourisme nature ?

* Le projet UTN qui trouvera à se réaliser risque de se limiter, après un effet dannonce savamment orchestré, à de nouvelles constructions aux Balcons, et un aménagement sur 30.000 m2 du lieu-dit Charpennes, un site naturel qui contribue fortement à lattrait touristique du Vercors en termes de paysages et de nature.

Historiquement laménagement du site Chapennes en troisième porte dentrée sur le domaine de ski alpin, à proximité immédiate du lieu-dit Le Lauzet, fait débat à Villard de Lans, et ce depuis 30 ans ! Le Lauzet, cest un lac éphémère, phénomène écologique très rare, qui permet la reproduction de batraciens et le nichage de certains migrateurs, lieu unique sur ce secteur. Cest également une zone hivernale de repli pour certains animaux. Une zone humide éphémère mais une zone humide quand même, qui nécessite une protection telle quelle avait été proposée en son temps à un classement Natura 2000. Largument selon lequel le site Charpennes aménagé natteint pas le lieu dit Lauzet ne tient pas; la proximité directe et immédiate provoquera des dégâts collatéraux, qui feront fuire la faune et constitueront à plus ou moins brève échéance une atteinte irréversible à lenvironnement de ce lieu remarquable. Cest également un lieu unique sur le plan géologique et archéologique.

 

6/ LE CONTEXTE LOCAL


Des listes qui se sont présentées aux élections municipales ont été battues en 2001, 1995 et 1989, notamment à cause du projet Charpennes qu
elles voulaient réaliser et dont les Villardiens ne veulent pas. Le maire actuel sétait dailleurs engagé à ne pas réaliser ce projet lors de sa campagne municipale en mars 2001. En janvier 2005, le conseil municipal a approuvé avec une base légitime faible le projet Oril/Charpennes, qui prévoyait à lépoque un trajet avec un matériel neuf allant uniquement des Balcons ( la station ) aux Charpennes sur 1 km ( ce qui ne résolvait en rien les difficultés de stationnement ) : 13 élus ont voté pour, 12 se sont abstenus ou ont voté contre. Dans ce contexte, il était difficile de trouver des financeurs institutionnels qui acceptent un partenariat. Cest alors que miraculeusement le rachat dun matériel doccasion semble relancer le dossier un peu en perdition : le Maire annonce avec force de conviction médiatique que le train circulera depuis le centre bourg de Villard jusquaux Charpennes, en desservant TOUS les équipements publics ( crèche, école, lycée, futur gymnase, maison médicale ). Sur ces bases idéales bien quirréalistes ( parcours sinueux, succession de virages, de montées et descentes, petites rues, durée de trajet de ¾ heures pour les 10 gares prévues ), il a trouvé en janvier 2006, au sein de son conseil, une plus forte majorité ( 17 pour ). Ce train miraculeux est en fait larbre écologique qui masque la forêt urbanistique. Le budget est en augmentation constante tandis quaucune des difficultés techniques, juridiques ou administratives nest réellement en passe dêtre concrètement réglée ( les expropriations notamment ). Ce projet cest de facto permettre, à moyen terme, la création - aberrante en termes de protection de lenvironnement et des zones humides - dune troisième porte dentrée sur le domaine de ski alpin et son extension concomitante. Car si le train ne se fait pas, Charpennes par contre se fera bien et nous aurons alors tous les inconvénients du projet UTN sans le moindre des avantages. La participation du promoteur Vendôme Finances pour le projet de nouvelles constructions dimmeubles avec balnéothérapie aux Balcons reste relativement floue en termes dengagement financier, sans compter le passé historique de la copropriété des Balcons qui augure asez mal de la fiabilité des données du dossier..

Seuls 8% de la population avait accepté de participer à une concertation en janvier 2005 ( dont les modalités ne correspondaient en rien a un referendum local, promis par le Maire, mais jamais organisé ), qui reposait sur un dispositif biaisé ( il suffisait de répondre oui à une question pour faire partie du pourcentage des personnes favorables au projet ). Il est regrettable que le projet de déplacement doux soit instrumentalisé pour devenir lalibi écologique dun projet qui ne lest pas. Durant la présentation lors de la réunion publique du 16 novembre, le chargé du bureau détudes a dit en conclusion quil fallait maintenant passer à une deuxième étape détudes en définissant avec précision quel type de matériel pouvait être utilisé : le matériel suisse, un matériel doccasion lyonnais, un matériel neuf ? Est-ce à dire quil y a encore hésitation sur le matériel ? Nous avions compris que le matériel suisse avait été choisi, retenu et que la convention était signée, qui engage la commune de Villard de Lans dans la reprise de ce matériel auquel les suisses sont attachés et quils nont laissé partir que parce quil y avait un engagement à ce quil circule à nouveau. Nous espérons que nous nallons pas acheter un deuxième train !

 

Contact : atelier environnement, Régis Picavet

Concourdan - Bois Barbu, 38250 Villard de Lans : e-mail regis.picavet@free.fr

Tel : 04.76.95.83.16 ou 06.16.24.70.67 / Fax : 04.76.95.86.76

 

ASSOCIATION ES PACES LIBRES / espaces.libres@wanadoo.fr